Alarmée et agacée par les préjugés pas toujours fondés qui circulent sur cette embouchure dont beaucoup parlent mais que peu utilisent, j'ai pensé qu'il serait bon de faire une petite mise au point et d'en décrire clairement et sans détour les caractéristiques.

Descriptif :

Avant toute chose, un petit rappel de physique...

Un levier est une pièce rigide, allongée,  en liaison pivot ou en simple appui par rapport à une partie fixe, qui permet de transformer un mouvement. Pour que le levier puisse jouer, il doit avoir un appui.

Le bras de levier est la distance séparant une extrémité du levier de son point d’appui. Soit dans notre cas : le bras de levier est la longueur de la branche de l'hackamore, et le point d'appui est la muserolle.

Pour simplifier et vous épargner les formules mécaniques, nous pouvons considérer que plus le bras de levier est grand et plus la force exercée par tension des rênes est importante. On considérera donc qu'un hackamore à petites branches aura un effet beaucoup plus doux qu'un hackamore à grandes branches.

Penchons-nous à présent sur le point d'appui...

En deux mots, l'effet de la force exercée par l'action sur les branches est à présent dépendant de la largeur et de la dureté de la surface d'appui. Si l'on utilise une muserolle très dure et étroite (chaîne de vélo ou autres barbaries, ...), on a une force qui se trouve placée sur une surface faible ce qui s'apparente à un effet de fil à couper le beurre.

Inversement, une muserolle large et souple va amoindrir l'effet.

En conclusion sur les forces exercées par le hackamore : Le hackamore ne peut être considéré comme une embouchure sévère pour la simple et bonne raison qu'il existe différentes sortes de hackamore proposant chacun des "bras de levier" de différentes longueurs et  des surfaces d'appui variées (matériaux, largeur). On peut même considérer qu'un hackamore à petites branches et à muserolle large et souple est une embouchure gentille qui fera potentiellement moins de dégats qu'un mors de filet qui serait mal utilisé.

Cas du S-hackamore :

Les branches du S-hackamore sont en forme de S comme son nom l'indique. La forme particulière des branches de cet hackamore  permet aux montants de filet de rester en place lorsqu'une action s'exerce sur les branches. Le montant ne se déplace donc pas, au risque de blesser le cheval dans la zone proche de l'oeil comme cela se produit parfois avec des branches classiques.

De plus la rondeur de la partie métallique assouplit l'action de rênes.

Les S-hackamores sont généralement montés avec des petites branches et des muserolles larges qui sont doublées d'une partie "molletonnée". Cela en fait donc des embouchures simples et pratiques qui sont parfaitement acceptées par les chevaux biens dans leur tête et qui sont dans une relation de confiance avec leur cavalier.

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Le S-hackamore que porte Sirocco possède une alliance (en rouge) qui permet d'assurer la parallélité des branches. On peut aussi noter la présence d'une gourmette métallique, réglée lâche de façon délibérée afin d'en amoindrir l'effet.

Hackamore et équitation :

Les hackamores sont réputés peu précis. Qu'en est-il ?

La question que je suis tentée de poser en retour est : est-ce que la précision repose uniquement sur l'action de main ou bien la précision est aussi fonction des actions de jambes et surtout du poids de corps ?

Certes, si vous considérez que la réponse se résume à la première proposition, vous n'êtes sûrement pas prêt pour utiliser cette embouchure... Tout comme un jeune cheval (qui n'est pas encore pleinement familiarisé avec les aides que je qualifierai de subtiles) ne l'est vraisemblablement pas !

L'utilisation de la rêne indirecte (qui va de pair avec l'utilisation de l'hackamore) est une utilisation fine et juste, qui va dans le sens du cheval. Oublions assiette et jambes et visualisons les rênes comme un couloir encadrant le cheval du bout de son nez à la base de son encolure, la direction du cheval est simple et efficace, compréhensible par un enfant de 3 ans. Il faudrait même enseigner les rênes indirectes prioritairement aux rênes d'ouverture à mon sens, c'est une abbérration de plus dans l'enseignement de l'équitation mais là, nous abordons un autre débat.

Le hackamore peut aussi être une alternative appréciable lorsqu'un cheval a subi des dommages sur la commissure des lèvres par une main inélégante. Mais je pense que le hackamore (et sans doute tout système qui n'impose rien dans la bouche du cheval) doit rester une démarche volontaire et non un dernier recours.

Ceci étant dit, il faut le dire clairement : le hackamore ne résoudra en rien les problèmes d'équitation du cavalier, et bien au contraire, il faut un véritable travail préalable pour faire une transition harmonieuse d'une embouchure dite classique à la hack experience !