Lieu : Florac-Ispagnac (48)

Date : 5 septembre 2015

Epreuve : CEI*** - 160 km

Distance exacte :  161,5 km.

Type de parcours : Course mythique dont la renommée internationale n’est plus à faire, Florac a légèrement modifié son parcours au fil des ans. Pour cette 40ème édition, le parcours s’apparentait à celui des Championnats d’Europe de 2011. Départ d’Ispagnac à 4h30 pour une première boucle ascendante de 34 km qui nous mènera à Barre des Cévennes. La seconde étape, en direction de La Bécède, poursuit son ascension avant de se terminer par une descente franche. L’étape raccordant La Bécède à Camprieu est marquée par une longue phase grimpante jusqu’au sommet du Mont Aigoual puis une non moins longue descente, qui se poursuit sur la majeure partie de la 4ème boucle. Cette étape se termine à La Citerne, après une bien difficile montée sur le Causse Méjean qui débute au village de Meyrueis. L’étape suivante qui mène à La Fichade a beau être la moins dénivelée, elle est néanmoins terriblement éprouvante… Enfin, la 6ème et dernière étape, d’une vingtaine de kilomètres comporte quelques petites montées traitres en cette fin de course avant d’entamer la longue descente d’une dizaine de kilomètres qui conduit jusqu’à l’arrivée, à Ispagnac.

Couple engagé : AÏNHOA ENFIN / Sophie

Objectifs : Après Ulla, je n’avais pas eu un cheval sous la selle que je sentais capable de faire Florac. Non pas que je n’ai pas eu de bons chevaux sous la selle, mais seulement que Florac requiert un mental et des jambes en acier trempé. Sans doute que le choix d’y engager un étalon peut paraitre surprenant, mais c’est pourtant le type de courses, très techniques, dans lequel je sens Enfin s’exprimer au mieux. Bien qu’entrainé essentiellement sur le plat le plus total, Enfin est à l’aise en dénivelé et il est tout particulièrement un excellent descendeur. La solidité de ses membres et sa dureté ne sont plus à prouver, et, côté mental, Enfin ne m’a jamais abandonnée. La course d’entrainement courue à Mainzac n’a fait que confirmer la bonne forme d’Enfin et me convaincre d’aller jusqu’au bout de ce projet que je nourrissais depuis l’hiver dernier. Quelle course mieux que Florac saurait faire foi des qualités sportives et de cœur d’un étalon ?

Le récit de course

J’ai peur du noir. Vraiment. Et pourtant, je l’ai fait, et puis refait, ce départ à la frontale entre chemins escarpés et bitume savonneux. Pour cela, il suffit simplement de monter un cheval qui a de l’assurance pour deux. Aïnhoa Enfin en a suffisamment pour entrainer tout un groupe, alors je l’ai suivi. C’est très long plus de trente kilomètres dans le noir… La meilleure des lampes frontales ne suffit pas à estomper les angoisses. Enfin avance d’un trot tonique et sûr. Formidable petit soldat. Nous sommes dans le groupe de queue, les chevaux sont plutôt calmes et à l’écoute, y compris dans les traversées des villages où les gens ont quitté leur lit douillet pour nous acclamer. Vers le kilomètre 10, la pire des choses que je n’aurais pu anticiper se produit : notre compagnon de route nous double et botte sèchement Enfin au passage. Je prends partiellement dans le tibia et comprend de suite, à l’attitude d’Enfin, qu’il a également été touché. Je reste concentrée sur le parcours. En arrivant au premier vet gate, j’informe mon équipe de cet incident. Enfin entre au premier vet à vitesse grand V. Nous prenons un B aux allures, la vétérinaire suspecte une légère gène sur l’antérieur droit. De retour au grooming, Philippos constate que le coup reçu par Enfin, en plein sur le muscle de l’épaule, est en train de tourner au gros hématome. Julien masse sans relâche, tant et si bien que la contusion se résorbe peu à peu. Nous demeurons inquiets, conscient que l’effort ne va pas aider à encaisser cette douleur.

Les kilomètres se poursuivent et Enfin refuse la douleur. Le mot « international » prend tout son sens au fil des kilomètres, après avoir rencontré Musab, cavalier atypique des Emirats Arabes Unis, sur la première boucle, nous faisons parcours commun avec deux cavaliers espagnols, avant de former un petit groupe bien sympathique que je vais malheureusement voir s’égrainer au fil des vet gates qui suivront…

De cette grande course, nous retiendrons aussi la montée du Mont Aigoual pour le plus grand bonheur d’Amélie, et l’arrivée au sommet sous un vent puissant, mon Enfin reprenant le taureau par les cornes sur le plat descendant, la descente sur Meyrueis avec Enfin en pilote de notre petit groupe, puis la montée du Causse Méjean, à pieds, comme en 2000, parce qu’Enfin n’avait pas vraiment envie… Nous n’oublierons pas cette 5ème étape, seuls au monde avec Nicolas, une belle rencontre de plus… J’aurais aimé les voir passer la ligne à mes côtés, mes nouveaux amis.

Le destin en aura décidé autrement. Aïnhoa Enfin, seul rescapé de ce sympathique petit groupe, repartira sur la dernière étape aux fesses du cheval de Musab, sous les encouragements de tous les membres de nos assistances. Nous sommes repartis aussi fort que possible. Le mental, toujours le mental. N’abandonne pas. N’abandonne jamais.

Et pourtant, j’ai failli abandonner… La fatigue et le doute. La peur de les décevoir. Mais eux, ils croyaient en Enfin et en moi, eux. Alors j’ai pas eu le choix. Pour ne pas les décevoir. Pour ne pas passer ma vie à regretter, regretter de ne pas avoir osé.

Cette dernière boucle, que je pensais tout en descente, comportait une première partie plus compliquée que je ne l’aurais cru. Mais nous n’étions pas seuls, nous avions collé à Musab et il était écrit que nous irions au bout ensemble. Pourtant lancé en plein galop, Enfin a rechigné à passer la ligne d’arrivée… Et moi j’ai maudit l’organisation pour avoir placé les boxes avant cette foutue ligne ! Mais je l’ai vite pardonné de cette petite humiliation, son grand cœur le faisant entrer au contrôle final en moins de minutes qu’une main compte de doigts, une bonne douzaine de pulsations en dessous du seuil, finissant avec tous les voyants au vert, et des allures irréprochables.

Musab et moi avions couru au début de la course ensemble, puis, les formidables temps de récupération d’Enfin (9 minutes et 11 secondes cumulées sur les 5 vet gates) ont fait que nous avons terminé ensemble. Ce Florac là, ça a aussi été la preuve évidente par la présence de Musab, de sa formidable équipe et des moments forts que nous avons partagés ce jour, que les valeurs n’ont pas de frontière. Ce cavalier-là, pourtant venu de Dubaï, cette zone du monde justement bannie par la FEI, il est de la même trempe que moi, je crois bien. Alors aussi surprenant que cela puisse paraitre, nous avons savouré les classements de nos chevaux ensemble, parce qu’il avait accompli son rêve en finissant Florac, et que j’ai accompli le mien en classant mon étalon Aïnhoa Enfin sur Florac. Un ruban bleu en présent, pour se souvenir.

Le lendemain matin, après la visite vétérinaire de contrôle (Enfin y recevra les félicitations du responsable de la commission vétérinaire), les cavaliers classés (soit environ le tiers des partants) étaient là, à cheval, pour cette remise des prix conforme à ce qu’une remise des prix d’un tel évènement doit être. J’ai repensé à Ulla, avec laquelle je n’avais pu faire cet incroyable galop d’honneur à cause d’un problème de transport… Alors je l’ai fait, pour elle aussi, avec mon Enfin dont la seule idée en tête était encore de retourner au paddock. La course était finie. Enfin le savait.

L’extension

Je demeure noyée dans la profusion d’émotions que me procurent les souvenirs de cet autre Florac, celui d’Ulla… Celui où la lumière bleue d’un soleil levant sur le Mont Aigoual a gardé notre image pour toujours…

http://lesfontanelles.canalblog.com/archives/2008/09/10/10537526.html

 

 

La gelée royale

Ils étaient 6 autour d’Enfin et moi, et dans ce cas, ce n’était pas de trop. Valérie, Eric et mon petit Angel en voiture piste, d’une part ; Julien, Philippos et Nelly dans le véhicule vet gate d’autre part. Ils ont encouragé, choyé, massé, nourri, abreuvé et arrosé Enfin comme jamais il ne l’avait vécu au cours de sa longue carrière. Merci à eux pour leur dévotion sans limite. Sans ma troupe de fidèles, je sais que nous n’aurions pu aller jusqu’au bout (mais seulement jusqu’au 5ème vet je présume, et je l’aurais regretté jusqu’à la fin de mes jours !).

Un énorme merci aux professionnels qui s’occupent d’Enfin, tout particulièrement à Françoise, son ostéopathe, et bien évidemment à Wolfgang, son maréchal, qui m’apporte une tranquillité d’esprit inestimable.

Je garderai pour toujours en mémoire les rencontres précieuses que nous avons faites sur cette course incroyable : Amélie, Musab, Nicolas, … De bien belles personnes avec de vraies valeurs qui m’ont touchée tout au long de notre périple commun…

Et, last but not least, mes sincères remerciements à Léo, mon petit soigneur équin officiel, qui a veillé sur l’écurie en mon absence lors de nos derniers déplacements.

 

Le Very Best of des clichés

 

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